Services publics : lutter contre la gabegie financière et la perte de qualité

Interrogé par l’Humanité pour savoir « Pourquoi faut-il encadrer l’externalisation ou la sous‑traitance des services publics ?  » Michel Jallamion, Président de la Convergence a apporté la réponse suivante :

L’externalisation et la sous-traitance des services publics doivent être fortement limitées et encadrées. C’est le choix inverse qu’à fait le gouvernement avec le programme « Action Publique 2022″ lancé le 13 octobre 2017 en généralisant l’existant (restauration, sécurité, ménage, informatique, publipostage, assistance téléphonique…), mais aussi en facilitant la gestion par des entreprises privées supposées mieux à même de s’adapter à la demande.

L’externalisation et la sous-traitance créent non seulement une détérioration du service public rendu, une perte de compétence dont les services publics pouvaient disposer en interne mais également à une gabegie financière: la priorité pour les entreprises est la rentabilité immédiate et la recherche de plus-values qui n’existent pas ou ne devraient pas exister dans le secteur public. Le mythe du coût plus élevé des employés du secteur public et du secteur privé ne tient pas le choc à qualification égale. Evidemment cela coûte moins cher de faire appel à des prestataires extérieurs par exemple de plateforme téléphonique qui plus est si elles sont implantées dans des pays pauvres ou à des sous-traitants faisant appel aux travailleurs détachés voire non déclarés. EDF elle-même a défrayé la chronique sur ce point.  Cela se fait au détriment de nos emplois et de la perte de qualité pour les usagers.

Idem pour l’externalisation de l’informatique : désormais dans les administrations et les services publics ce sont aux usagers et aux agents de s’adapter au logiciel informatique quitte à distordre les lois existantes. L’adaptation aux besoins des usagers est remplacée progressivement par l’adaptation des usagers aux impératifs économiques. De même le report du coût se fait sur l’usager : en lui faisant payer des prestations qui devraient relever des services publics (aide à la déclaration d’impôt à 45€, « veiller sur mes parents » de la Poste …) et en lui faisant effectuer directement le travail via les automates en lieu et place des agents et en leur faisant assumer des erreurs autrefois assumer par les services et remboursées.

Une des rares notes officielles existantes concerne Pôle emploi : les coûts d’accompagnement des licenciés économiques et des chômeurs éloignés de l’emploi de la sous-traitance y sont 30% plus élevés*.

Et comment quantifier pour notre pays le coût du transfert au privé des politiques d’apprentissage autrefois dévolu au régions ? Le coût de la spécialisation des territoires et l’adaptation de la formation initiale au intérêt économique de court-terme dont l’adaptation sur le long terme se fera sur finances publiques ou cotisations ?

Comment évaluer le transfert de l’orientation aux régions qui au vu des majorités actuelles les privatisent à coût de centaines de millions d’euros, détruisant les antennes de l’ONISEP et le tissu des CIO ? Sans parler du coût prohibitif des frais des complémentaires santés deux à quatre fois plus chers que ceux de la sécurité sociale.

Nous devons ajouter à cela le coût démocratique : les leviers des élus tant en termes de contrôle que de décisions sont réduits. C’est une des raisons essentielles de la remunicipalisation de l’eau en France (surfacturation, travaux d’entretien non effectués …).

Cette manne financière a été estimée à 160 milliards d’euros par le collectif « Nos services publics». 60 % des recettes nettes du  budget de L’État ce n’est pas rien. C’est une gabegie financière que nous devons faire cesser en donnant les moyens à nos services publics de fonctionner et en en créant de nouveaux pour répondre aux besoins de nos concitoyens.

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